A écouter

L’érotisme (2/4) Philosophie du sexe sur France Culture

Les Chemins de la philosophie sur France culture, a consacré 4 émissions sur le thème de l’érotisme.

Cette seconde émission a pour invité André Comte-Sponville

Il y a toujours, comme le disait Diderot, « un peu de testicule au fond de nos sentiments les plus purs » ; l’érotisme se déploie dans cette dualité entre humanité et bestialité par laquelle l’érotisme est le propre de l’homme.

Pourquoi se cache-t-on généralement pour faire l’amour ? Même quand on est athée, le sexe a « un petit goût de péché », il y a toujours une part de transgression. Mais cela suffit-il à définir l’érotisme ? Il y a notamment chez Georges Bataille une mystique du sexe qui fait parfois perdre la dimension triviale, profane et concrète de la relation érotique, selon notre invité André Comte-Sponville.

Le texte du jour

« La philosophie dit que les appétits du corps ne doivent pas être augmentés par l’esprit, mais nous avertit judicieusement de ne pas vouloir éveiller notre faim jusqu’à la saturation, de ne vouloir qu’apaiser le ventre au lieu de le remplir, d’éviter toute jouissance qui nous met en manque et toute viande qui nous affame et toute boisson qui nous altère, comme, au service de l’amour, elle nous ordonne de simplement satisfaire le besoin du corps sans émouvoir l’âme, laquelle ne doit pas s’y intéresser, autrement que pour suivre simplement le corps et l’assister. […]

Ne pourrions-nous pas dire qu’il n’y a rien en nous, dans cette prison terrestre, de purement corporel ou de purement spirituel, et que c’est à tort que nous séparons ces éléments chez un homme vivant, et qu’il semble raisonnable que nous nous comportions, dans la pratique du plaisir, aussi favorablement au moins que nous le faisons pour la douleur ? […]

Pour les plaisirs corporels, n’est-ce pas injuste d’en éloigner l’âme et de dire qu’il faut l’y entraîner comme à une obligation et une nécessité contraintes et serviles ? C’est plutôt à elle de couver et de fomenter les plaisirs, de s’y présenter et de s’y convier, la charge de commander lui appartenant. C’est aussi, à mon avis, à l’âme, aux plaisirs qui lui sont propres, d’inspirer et d’instiller dans le corps toute cette sensation qu’ils apportent, et de faire en sorte qu’ils lui soient doux et salutaires. Car c’est bien raisonnable, comme on dit, que le corps ne suive pas ses appétits au détriment de l’esprit, mais pourquoi n’est-ce pas aussi raisonnable que l’esprit ne suive pas les siens au détriment du corps ? »

Michel de Montaigne, Les Essais, III, 5 « Sur des vers de Virgile », Les éditions de Londres

Lectures

Michel de Montaigne, Les Essais, III, 5 « Sur des vers de Virgile », Les éditions de Londres

Friedrich Nietzsche, Aurore (1881), Œuvres complètes, pp.1013-1014

Georges Bataille, Histoire de l’œil, (1re édition, 1928). Lu par Jean O’Cottrell, NCC, juin 2016.

Extraits

– Ma mère, film de Christophe Honoré (2004)

– Eyes Wide Shut film de Stanley Kubrick (1999)

Références musicales

Arthur H/ Georges Bataille, L’œil de chat album « L’or d’Eros »

The Psychotic Monks, Walk by the wild lands

Gotan Project, Tres y dos

Prince, Kiss


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *