A écouter

L’érotisme (1/4) Platon : Au banquet d’Eros sur France Culture

Les Chemins de la philosophie sur France culture, a consacré 4 émissions sur le thème de l’érotisme.

La première émission est consacrée aux les métamorphoses du désir chez Platon en compagnie de Fulcran Teisserenc.

Eros est-il un dieu ou un démon? Platon est-il seulement le philosophe de l’amour céleste et éthéré ? Non, le corps, le désir terrestre et charnel sont bien présents, mais comment ? D’où vient notre désir de fusion avec l’aimé ? C’est ce qu’élucide le mythe de l’androgyne. Et quel rapport entre la fécondité au sens de la procréation et le passage des idées d’esprit en esprit comme le pratique Socrate, accoucheur des âmes ? A la source de ces formes d’immortalité, on trouve toujours le désir.

Le texte du jour

Toute âme humaine a, par nature, contemplé l’être ; sinon elle ne serait pas venue dans le vivant dont je parle. […] Tout ce qu’il peut y avoir de précieux pour l’âme, tout cela perd son éclat, lorsque perçu dans ce qui se trouve ici-bas en être image. Voilà pourquoi seul un petit nombre d’êtres humains arrivent, non sans difficulté […] à contempler à travers les images de ces réalités, les « airs de famille » qui y subsistent.

L’homme qui a été récemment initié ou qui a beaucoup contemplé dans le ciel […], quand il lui arrive de voir un visage d’aspect divin, qui est une heureuse imitation de la beauté, ou la forme d’un corps, commence par frissonner, car quelque chose lui est revenu de ses angoisses de jadis. Puis, il tourne son regard vers cet objet, il le vénère à l’égal d’un dieu et, s’il ne craignait de passer pour complètement fou, il offrirait au jeune garçon des sacrifices comme à la statue d’un dieu, comme à un dieu. Or, en l’apercevant, il frissonne, et ce frisson, comme il est naturel, produit en lui une réaction : il se couvre de sueur, car il éprouve une chaleur inaccoutumée. En effet, lorsque, par les yeux, il a reçu les effluves de la beauté, alors il s’échauffe et son plumage s’en trouve vivifié ; et cet échauffement fait fondre la matière dure qui, depuis longtemps, bouchait l’orifice d’où sortent les ailes, les empêchant de pousser. Par ailleurs, l’afflux d’aliment a fait, à partir de la racine, gonfler et jaillir la tige des plumes sous toute la surface de l’âme. En effet, l’âme était jadis tout emplumée ; la voilà donc, à présent, qui tout entière bouillonne, qui se soulève et qui éprouve le genre de douleurs que ressentent les enfants qui font leurs dents. […] L’âme est en ébullition, elle est irritée, chatouillée pendant qu’elle fait ses ailes.

Chaque fois donc que, posant ses regards sur la beauté du jeune garçon et recevant de cet objet des particules qui s’en détachent pour venir vers elle – d’où l’expression « vague du désir » -, l’âme est vivifiée et réchauffée, elle se repose de sa souffrance et elle est toute joyeuse. Mais, quand elle se trouve seule et qu’elle se flétrit, les orifices des conduits par où jaillissent les plumes se dessèchent tous en même temps et, parce qu’ils sont fermés, bloquent la première pousse de la plume. Or cette pousse emprisonnée avec le désir palpite comme un pouls qui bat fort ; elle vient frapper contre ce qui obstrue les orifices, et cela orifice par orifice, si bien que l’âme, aiguillonnée de toutes parts, est transportée de douleur. Mais, parce que le souvenir de la beauté lui revient, elle est toute joyeuse. Le mélange de ces deux sentiments la tourmente ; elle enrage de se trouver démunie devant cet état qui la déroute. Et, prise de folie, elle ne peut ni dormir la nuit ni rester en place le jour, mais, sous l’impulsion du désir, elle court là où, se figure-t-elle, elle pourra voir celui qui possède la beauté. Quand elle l’a aperçu, quand elle a laissé pénétrer en elle la vague du désir, elle dégage les issues naguère obstruées.

Platon, Phèdre, 250a-252c, trad. Mario Meunier puis Luc Brisson

Lectures

Mythe d’Aristophane, lu par Georges Claisse. France Culture, « Nouveaux chemins de la connaissance » du 13/12/2010
Alcibiade et Socrate: l’éros pédagogique, lu par Georges Claisse, FC, Gai savoir, 9/09/2012

Extrait

– Portrait d’Eros, fils de Poros et Penia Théâtre et Cie, France culture 26/12/2010

Références musicales

Chris Isaac, Baby did a bad bad thing
Edvard Grieg, Petites pièces lyriques op 43 : Poème érotique op 43 n°5 – arrangement pour violon et orchestre à cordes
Chostakovitch, Quintette en sol min op 57 : Intermezzo – pour piano et quatuor à cordes » Interprétation : Ewa Kupiec
Mendelssohn, Intermezzo Mendelssohn Comedie érotique d’une nuit d’été
Ben Harper, Sexual healing


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