Biblis de William Bouguereau
Le poème du mardi

« Nocturne » de Renée Vivien

Nocturne

Biblis de William BouguereauJ’adore la langueur de ta lèvre charnelle

        Où persiste le pli des baisers d’autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
Et la perversité calme de ta prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.

Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée,
Clairement vaporeux, presque immatériels,
Semblent, ô Bien-Aimée,
Recéler les rayons d’une lune embrumée,
D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels.

Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve ;
Les astres sont comme des regards sensuels
Dans l’éther d’un gris mauve,
Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.

Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, ― les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’Immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.

La terre s’alanguit, énervée, et la brise,
Chaude encore des lits lointains, vient assouplir
La mer enfin soumise…
Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
Dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

Renée Vivien — Études et préludes

Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.
(wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Renée_Vivien)

Tableau : Biblis de William Bouguereau -1884- dimension : 48 cm x 79 cm – lieu :Salar Jung Museum, Inde

 


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