Nu allongé - Amadeo Modigliani - 1917
Le poème du mardi

« La solitaire » de Louis Marsolleau

Nu allongé - Amadeo Modigliani - 1917
Dans le fauteuil bleu, large comme un lit,
Aux bras enlaçants comme une caresse,
Elle est toute nue et toute en ivresse,
Devant la candeur du miroir poli.

Un signe coquet qui semble un grain d’orge,
Tressaille et tressaute en brusques élans,
Entre ses deux seins gonflés et brûlants,
Ses cheveux défaits roulent sur sa gorge.

Le cou renversé, le flanc qui se tord,
Les jarrets tendus, ses cuisses ouvertes,
Tout son corps se cambre, et ses doigts alertes
Fouillent l’ombre rose où frise de l’or !

Vite ! vite ! et toujours plus vite !
Sa main s’accélère et son bras frémit ;
Ses yeux tournoyants sont clos à demi
Et son ventre blanc s’élève et palpite !

Vite ! encor plus vite ! un rauque soupir !
Un sourire étrange ! Elle a rendu l’âme…
Et sa main s’arrête, et sa chair se pâme;
Son souffle pressé paraît s’assoupir…

Plus rien ! Le silence ! Elle est toute pâle !…
Soudain, le désir la reprend, la tient.
Sa hanche se crispe et sa main… revient.
Vite ! vite ! vite ! et vite !… Elle râle !

Le soir tombe ; et tout d’ombre se remplit.
On ne perçoit plus que des profils vagues…
A peine peut-être un reflet de bagues
Éperdument tremble au miroir poli!…

Louis MARSOLLEAU, 1920 , Rubans et noeuds,

 


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